Produced by Frank van Drogen Mireille Harmelin and PG Distributed
Proofreaders Europe. This file was produced from images generouslymade available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica)at http://gallica.bnf.fr
par
Mme ANDRÉ LÉO
NEUCHATEL, IMPRIMERIE G. GUILLAUME FILS.1871
Mesdames, Messieurs,
En 1867, quand la Ligue de la paix et de la liberté s'est formée, elleétait l'expression en Europe, et surtout en France, d'une pensée trèsmorale, très juste, qui s'étonnait de trouver encore dans le code desnations civilisées, ou se disant telles, des lois de la guerre; quis'indignait que, de temps à autre, des menaces, des bruits de guerre,prissent place dans la politique des cours et vinssent troubler lesaffaires publiques. Il y eut alors, de la part des littérateurs et despublicistes, une sorte de croisade, à laquelle votre ligue donna plus deconsistance, et dont elle prolongea le retentissement. Elle se trouva être, en même temps, une protestation contre ces pouvoirs impériaux et royauxqui disposent de la vie des hommes, et qui n'écoutent qu'eux-mêmes etleurs monstrueux calculs. Ils ont en effet, malgré vous, malgré l'opinion,fait la guerre de 1870. Les monarques sont inconvertissables. Heureusement,il n'en n'est pas de même du sens public. Celui-ci avait compris. Lesentiment des maux de la guerre et de leur folie s'était propagérapidement jusque dans le peuple, et ce sentiment fut pour beaucoup dansla stupéfaction, dans l'indignation, que causa en France la déclaration deguerre du 15 juillet. On peut le dire avec certitude, et vous lereconnaissez: les guerres, faussement appelées nationales, ne sont que desguerres monarchiques. La guerre et la monarchie se tiennent; elles viventet mourront ensemble. Votre ligue est républicaine. Sur ce point vousn'hésitez pas, et votre œuvre est définie, aussi bien que votreaction.
Mais il est une autre guerre, à laquelle vous n'aviez pas songé, et quidépasse l'autre de beaucoup en ravages et en frénésie. Je parle de laguerre civile.
Elle existe en France depuis 1848; mais beaucoup s'obstinaient à ne pas lavoir. Aujourd'hui, quel sourd n'a entendu les canons de Paris et deVersailles? Et ces fusillades dans les parcs, dans les cimetières, dansles terrains vagues, et dans les villages autour de Paris?—Quel aveuglen'a vu ces charretées de cadavres qu'on transportait, le jour d'abord,puis la nuit; ces prisonniers, hommes, femmes, enfants, que l'onconduisait à la mort par centaines, sous les feux de peloton ou lesmitrailleuses? Et ces longues files de malheureux, défaits, déchirés, quel'on insultait, que l'on crossait, que l'on courbait à genoux, à la hontede l'humanité, sur le chemin de Versailles? Qui n'entend dans son cœur (àmoins de n'en pas avoir) le cri de ces 40,000, transportés sans jugement,entassés depuis quatre mois, six mois, dans les pontons de nos ports.
On a répandu sur ces horreurs, comme des voiles, tous les mots que lalangue prête aux rhéteurs pour combattre la vérité. Etant si coupable, ona beaucoup accusé. On a beaucoup crié, pour empêcher d'entendre. Depuisquatre mois, pendant les deux premiers mois surtout, la calomnie a coulé àpleins bords, de toutes ces feuilles venimeuses, qui marquent d'infamieles causes qu'elles embrassent. Et les autres, prises de peur, sous laterreur qui régnait, ont lâchement