JAPON. – Ce pays mérite une attention sérieuse. Les éléments depuissance véritable qu'il renferme et les avantages qu'il offre àl'Occident, au point de vue des relations commerciales, donnent à laquestion japonaise un intérêt considérable. Par le spectacle que nousprésente cette contrée de l'extrême Orient, le caractère de seshabitants, la direction particulière du courant qui maîtriseaujourd'hui la majorité des esprits et la nature des obstacles qui sontopposés à ce courant, nous pouvons juger la portée des événements quise passent au Japon; nous acquerrons alors cette conviction: c'estqu'il dépend de l'Europe de grandir en de vastes proportions l'avantageréciproque de ses relations japonaises.
Toutes les nations européennes ont au Japon un intérêt commun qui setrouve d'accord avec l'intérêt japonais. La Russie seule, agissant encela comme une puissance asiatique, sépare son action et cherche à secréer une mer intérieure à l'orient de son empire. De l'île Saghalienelle marche sur Jesso pour épier de là toute fausse démarche de la partde l'Europe vis-à-vis du Japon. Elle sait que seule elle pourraitprofiter de l'injustice; mais le résultat, quel qu'il soit, dépendencore de l'Europe, et cette suprême influence résulte de ce seul fait:c'est que le Japon est disposé à donner toutes satisfactions à l'Europedans la poursuite légalede ses légitimes intérêts, qui sont aux mains de la civilisationjaponaise. La majorité des Japonais désirent, en effet, posséder lesconquêtes de notre civilisation. Le fait n'est pas nouveau: en isolantles actes momentanés de fanatisme excités par des hostilitésintérieures ou provoqués par notre attitude blessante en bien descirconstances, l'histoire du passé, d'accord avec l'observationactuelle, nous montre les Japonais réellement intelligents etbienveillants. Aujourd'hui, comme au xviesiècle, leur intelligence pénétrante les entraîne vers le mouvementcivilisateur de l'Occident; mais, aujourd'hui comme alors, ils ontl'intention bien arrêtée de se défendre contre d'injustes prétentions.A la suite de la première apparition des Portugais chez eux, en 1543,on les vit pris d'une véritable fièvre de progrès. Les mémoires dutemps parlent de la bienveillance des différents rois du paysqui recevaient les étrangers, les interrogeaient et profitaient detoute idée tendant au développement matériel ou moral. En peu de tempsle christianisme fit des prosélytes nombreux, au milieu d'unenthousiasme sincère et réfléchi, ce qui nulle autre part, dansl'extrême Orient, ne s'est montré. Ces succès très-légitimesinspirèrent aux Européens d'injustes prétentions: c'était appeler laréaction et elle ne tarda pas à se manifester. Le Japon rentra, en1638, dans une politique d'isolement complet, après avoir violemmentarraché de son sein tout vestige étranger.
Dans cet épisode de l'histoire de nos relations avec l'empirejaponais, ce qu'il y avait d'utile et de légitime, de désirable pourles deux peuples, se trouva momentanément condamné avec l'injustice denos procédés; mais avouons, enfin, que si nos pères ont eu à subiralors ce déchaînement de toutes les violences, ils ne pouvaient s'enprendre qu'à eux-mêmes et aux abus de toute espèce dont ils s'étaientrendus coupables. Ce souvenir d'histoire ancienne n'est pas inutile,quoique plusieurs termes soient changés dans le problème tel qu'il estmaintenant posé; il est bon que toute expérience puisse profiter. Notreintérêt ne peut donc être satisfait entièrement que par la j