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«J'ai assisté aux victoires de la République, j'ai traversé les saturnales du Directoire, j'ai vu la gloire du Consulat et la grandeur de l'Empire: sans avoir jamais affecté une force et des sentimens qui ne sont pas de mon sexe, j'ai été, à vingt-trois ans de distance, témoin des triomphes de Valmy et des funérailles de Waterloo.» MÉMOIRES, Avant-propos.
Troisième Édition.
1828.
Insurrection des paysans d'Arezzo.—Portrait du général Menou.—Originede la famille Bonaparte.—Singulier testament et mort d'un oncle del'Empereur.
Chez tous les peuples, mais surtout chez la nation italienne, il y atoujours un mécontentement tout fait contre le présent: on hait pourregretter ensuite ce qu'on a haï; on trouve de l'indignation aujourd'huicontre un gouvernement pour lequel on trouvera des larmes demain. C'estce qui est arrivé aux Toscans: cette domination française, quiparaissait alors un joug, est invoquée en ce moment peut-être comme unbienfait; mais notre autorité n'en eut pas moins à subir, sous la mainhabile et ferme de la sœur de Napoléon, l'opposition railleuse dessalons et l'opposition armée des campagnes.
L'Autriche, malgré ses défaites, l'Autriche, qui ne se lasse jamais, etqui prévoit encore dans son désespoir même, entretenait par deconstantes intelligences les dispositions remuantes de l'Italie.L'incertitude de nos premières victoires dans les campagnes d'Allemagne,l'onéreuse diversion de la Péninsule enflammée, l'absence des troupesfrançaises nécessaires sur les champs de bataille et enlevées auxgarnisons; toutes ces circonstances réunies avaient fourni, avec desespérances contre notre fortune, l'audace de la braver. Des placardsséditieux étaient journellement affichés à Florence, à Pise et autresvilles; les paysans d'Arezzo avaient paru en armes aux portes de Sienne;déjà l'on raillait les Français et leurs partisans; on faisait à chacunson lot dans les proscriptions futures: l'un devait être étranglé,l'autre brûlé sur la place; les plus indulgens parmi les fonctionnaires,au lieu d'être jetés dans l'Arno, devaient, par un atroce jeu de mots,être seulement coulés dans l'Arnino, diminutif du grand fleuve quitraverse Pise. Des prédicateurs désignèrent sans beaucoup de détours lesFrançais et leurs partisans au poignard. Des vêpres florentines furent,en quelque sorte organisées par le clergé, de jeunes prêtres joignirentà leurs prédications la publication de petits pamphlets clandestins, etl'un d'eux fit sur Napoléon une anagramme qui courut le pays, genre deguerre bien peu proportionné à la taille d'un pareil ennemi. Mais lagouvernante déploya dans cette occasion un grand caractère; elleconcerta avec les généraux des mesures belliqueuses: des ordres du jourordonnèrent l'armement de tous les fonctionnaires publics pour concourirà la défense de la patrie. Les tribunaux eux-mêmes furent mis enréquisition militaire. Rien de plaisant comme des juges,