Tonya Allen, Carlo Traverso, Charles Franks
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_A la Mémoire de
et à
Je dédie ce roman
qui est le résumé et la conclusion
de toute mon oeuvre_
Dans la chaleur de l'ardente après-midi de juillet, la salle, aux voletssoigneusement clos, était pleine d'un grand calme. Il ne venait, des troisfenêtres, que de minces flèches de lumière, par les fentes des vieillesboiseries; et c'était, au milieu de l'ombre, une clarté très douce,baignant les objets d'une lueur diffuse et tendre. Il faisait làrelativement frais, dans l'écrasement torride qu'on sentait au dehors, sousle coup de soleil qui incendiait la façade.
Debout devant l'armoire, en face des fenêtres, le docteur Pascal cherchaitune note, qu'il y était venu prendre. Grande ouverte, cette immense armoirede chêne sculpté, aux fortes et belles ferrures, datant du dernier siècle,montrait sur ses planches, dans la profondeur de ses flancs, un amasextraordinaire de papiers, de dossiers, de manuscrits, s'entassant,débordant, pêle-mêle. Il y avait plus de trente ans que le docteur y jetaittoutes les pages qu'il écrivait, depuis les notes brèves jusqu'aux textescomplets de ses grands travaux sur l'hérédité. Aussi les recherches n'yétaient-elles pas toujours faciles. Plein de patience, il fouillait, et ileut un sourire, quand il trouva enfin.
Un instant encore, il demeura près de l'armoire, lisant la note, sous unrayon doré qui tombait de la fenêtre du milieu. Lui-même, dans cette clartéd'aube, apparaissait, avec sa barbe et ses cheveux de neige, d'une soliditévigoureuse bien qu'il approchât de la soixantaine, la face si fraîche, lestraits si fins, les yeux restés limpides, d'une telle enfance, qu'onl'aurait pris, serré dans son veston de velours marron, pour un jeune hommeaux boucles poudrées.
—Tiens! Clotilde, finit-il par dire, tu recopieras cette note. Jamais
Ramond ne déchiffrerait ma satanée écriture.
Et il vint poser le papier près de la jeune fille, qui travaillait deboutdevant un haut pupitre, dans l'embrasure de la fenêtre de droite.
—Bien, maître! répondit-elle.
Elle ne s'était pas même retournée, tout entière au pastel qu'elle sabraiten ce moment de larges coups de crayon. Près d'elle, dans un vase,fleurissait une tige de roses trémières, d'un violet singulier, zébré dejaune. Mais on voyait nettement le profil de sa petite tête ronde, auxcheveux blond