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Verum amo. Verum volo dici.
PLAUTE. Mostellaria.
1833.
Voyage de Paris à Milan.—La Savoie.—Le Mont-Cenis.—Visite à
Bonaparte; son quartier-général.—Conversation.
Sans m'arrêter à décrire un itinéraire cent et cent fois décrit, jerendrai compte des impressions que fit sur moi l'aspect de tant d'objetsdont je n'avais qu'une connaissance imparfaite, celle qu'on acquiertdans les livres.
Le jour commençait à poindre quand nous sortîmes de Paris. Nous étionsdans la plus belle saison de l'année, mentre april e maggio, dirait leTasse. Le printemps rhabillait les arbres, ressuscitait les fleurs,rafraîchissait la verdure, ravivait la nature entière. Je parcourais unpays que j'avais traversé l'année précédente, mais dans la mauvaisesaison; je ne m'y reconnaissais plus. La monotonie qui avait affligé mesregards était remplacée par une série non interrompue de tableaux variésà l'infini. Quoi de magnifique comme la forêt de Fontainebleau! Quoi deriant comme le paysage à travers lequel on roule entre Nemours etMontargis! Je revois encore les eaux limpides qui s'échappent de cesbosquets, et surmontant leurs digues, s'épanchent en cascades dans lesprairies verdoyantes qui bordent la route. Ces lieux-là me semblaientavoir été décrits par le chantre de la Jérusalem. Ces eaux si puressont celles de l'Oronte; ces frais bocages sont nés sous la baguetted'Armide, et je croyais, en les regardant, entendre les accens les plusmélodieux que Gluck ait modulés. Nous traversâmes trop rapidement cesdélicieuses contrées.
À Roanne, où nous étions arrivés avec la vitesse de l'éclair, il falluts'arrêter un moment. Grossie par la fonte des neiges, la Loire coulaitavec une effrayante rapidité. Le service du bac était interrompu. Lesbateliers assuraient que de vingt-quatre heures on ne pourrait lerétablir. À les entendre, il y aurait péril de la vie pour quiconqueentreprendrait ce trajet tant que durerait cette crue, qui de minute enminute s'accroissait encore.
«Raison de plus pour passer à l'instant», dit Leclerc pour qui lesminutes avaient la valeur des heures. Trois louis offerts aux marinierstriomphèrent de leur frayeur. La voiture est embarquée; et nous voilàdans le bac où aucun voyageur n'avait osé nous suivre.
Le péril, au fait, était imminent. Quand nous fûmes au milieu du fleuve,le câble, le long duquel filait le bac, formait, en s'écartant de laligne droite qu'il garde quand le fleuve est tranquille, un angle pareilà celui que forme la corde d'un arc sous l'effort du plus vigoureux desarchers. Si ce câble se fût rompu, j'ignore où nous eût portés lecourant. Les gens qui nous voyaient du rivage tremblaient pour nous.Néanmoins nous contemplions assez tranquillement ce fleuve en colère;mais pas plus tranquillement que ne le contemplait une petite femme quenous devions déposer à Lyon entre les mains de sa famille, et qui, decrainte de se mouiller les pied