Avec quatre Portraits,
des fac-similés d'Autographes et de Croquis
BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, FASQUELLE ÉDITEURS
11, RUE DE GRENELLE, PARIS (7e)
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EXTRAIT DU CATALOGUE de la BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER
5, RUE DU PONT-DE-LODI
Journal de Marie Bashkirtseff, avec un portrait, (27e mille), 2 vol.
Paris.—Imp. A. Maretheux et L. Pactat, 1, rue Cassette.

PRÉFACE DE FRANÇOIS COPPÉE1
L'été dernier, j'allai saluer une dame russe de mes amies, de passage àParis, à qui Mme Bashkirtseff donnait l'hospitalité dans son hôtel de larue Ampere.
Je trouvai là une compagnie très sympathique: rien que des dames etdes jeunes filles, toutes parlant à merveille le français, avec ce peud'accent qui donne à notre langue, dans la bouche des Russes, on ne saitquelle gracieuse mollesse.
L'accueil que je reçus fut cordial dans cet aimable milieu, où toutrespirait le bonheur. Mais, à peine assis non loin du samovar, une tassede thé à la main, je tombai en arrêt d'admiration devant un grand portrait,celui d'une des jeunes filles présentes, portrait d'une ressemblanceparfaite, librement et largement traité, avec la fougue de pinceau d'unmaître.
«C'est ma fille Marie, me dit Mme Bashkirtseff, qui a fait ce portrait desa cousine.»
J'avais commencé une phrase élogieuse; je ne pus pas l'achever. Une autretoile, puis une autre, puis encore une autre, m'attiraient, me révélaientune artiste exceptionnelle. J'allais, charmé, de tableau en tableau,—lesmurs du salon en étaient couverts—et, à chacune de mes exclamationsd'heureuse surprise, Mme Bashkirtseff me répétait, avec une émotion dansla voix, où il y avait encore plus de tendresse que d'orgueil:
«C'est de ma fille Marie!... c'est de ma fille!...»
En ce moment, Mlle Marie Bashkirtseff survint. Je ne l'ai vue qu'une fois,je ne l'ai vue qu'une heure... je ne l'oublierai jamais.
À vingt-trois ans, elle paraissait bien plus jeune. Presque petite, maisde proportions harmonieuses, le visage rond et d'un modelé exquis, lescheveux blond-paille avec de sombres yeux comme brûlés de pensée, desyeux dévorés du désir de voir et de connaître, la bouche ferme, bonne etrêveuse, les narines vibrantes d'un cheval sauvage de l'Ukraine, MlleMarie Bashkirtseff donnait, au premier coup d'œil, cette sensation sirare: la volonté dans la douceur, l'énergie dans la grâce. Tout, en cetteadorable enfant, trahissait l'esprit supérieur. Sous ce charme féminin,on sentait une puissance de fer, vraiment virile;—et l'on songeait auprésent fait par Ulysse à l'adolescent Achille: une épée cachée parmi desparures de femme.
À mes félicitations, elle répondit d'une voix loyale et bien timbrée, sansfausse modestie, avouant ses belles ambitions et—pauvre être marqué déjàpour la mort!—son impatience de la gloire.
Pour voir ses autres ouvrages, nous montâmes tous dans son atelier. C'estlà que l'étrange fille se comprenait tout à fait.
Le vaste «hall» était divisé en deux parties: l'atelier proprement dit, oùle large châssis versait la lumière; et, plus sombre, un retrait encombréde papiers et de livres. Ici, elle travaillait; là, elle lisait.
D'instinct, j'allai tout droit au chef-d'œuvre, à ce «Meeting» quisollicita toutes les attentions, au dernier