PRINCE
DE NEUCHÂTEL ET DE WAGRAM,
MAJOR-GÉNÉRAL DES ARMÉES FRANÇAISES.
CAMPAGNE D'ÉGYPTE,
Ire PARTIE.
PARIS
BAUDOUIN FRÈRES, ÉDITEURS,
RUE DE VAUGIRARD, No 17.
1827.
Les écrits que nous ont laissés sur l'Égypte les généraux Berthier etReynier, forment encore la meilleure histoire que nous ayons del'expédition d'Orient: l'un a tracé à grands traits, les vues, lesmouvemens, qui ont amené la conquête de cette belle colonie; l'autre adévoilé la nullité, les fausses combinaisons, qui l'ont perdue.Malheureusement le récit du premier finit à la bataille d'Aboukir, etcelui du second ne commence qu'après la victoire d'Héliopolis. J'aitâché de combler la lacune. J'ai écrit sans haine, sans passions,comme dictaient les pièces. Cependant, comme l'exposé qu'elles ontproduit est en contradiction manifeste avec les tableaux que quelquesécrivains se sont plu à faire, j'ai dû justifier mon récit. J'ai misen conséquence, à la suite de chaque chapitre, des documens dont on nesera pas tenté, je pense, d'accuser les intentions ni la véracité.
J'en ai fait autant pour les événemens d'Alexandrie. J'ai joint àl'écrit de Reynier une partie de (p. iv) la correspondance de Menou,ainsi que quelques unes des délations qu'il savait susciter à sesadversaires. Je n'ai pas seulement pour but, en imprimant ces pièces,de faire voir que Reynier n'a pas exagéré dans ses récriminationscontre l'inepte Abdallah, je veux encore montrer combien sont peufondées les accusations d'avilissement, de corruption, dont on necesse de poursuivre Napoléon. Sans doute le chef de l'empire devaitéclairer la conduite, les projets de ceux à qui il confiait descommandemens, mais il avait, à cet égard, peu de frais à faire; iln'avait qu'à laisser aller les officieux.
Berthier (Louis-Alexandre), prince de Neuchâtel et de Wagram,major-général, vice-connétable, etc., naquit à Versailles le 20novembre 1753. Destiné de bonne heure à la carrière des armes, ils'appliqua avec soin aux études que cette profession exige, et montradès l'âge le plus tendre toutes les qualités qui l'ont distinguédepuis. Il saisissait au premier coup d'œil, il était toujoursfrais, dispos, semblait inépuisable au travail. Cette promptitude deconception, cette force de tempérament si précieuse à la guerre, luivalurent bientôt une considération que son modeste rangd'ingénieur-géographe comportait peu. Estimé, recherché par ses chefs,il fut fait lieutenant d'état-major, en 1770, et obtint peu de tempsaprès une compagnie aux dragons de Lorraine. La guerre venaitd'éclater en Amérique; (p. vi) les colonies anglaises, d'abordvictorieuses, étaient près de succomber sous les efforts des Hessois.La cause de la liberté semblait perdue, la métropole triomphait surtous les points. Mais le cri de détresse de tout une population, quipérissait pour avoir généreusement réclamé ses droits, avait retentid'un bout de la France à l'autre. De toutes parts on s'empressaitd'accourir au secours; Berthier fit partie de cette noble croisade. Ilpassa sur l'Ohio, se distingua dans une foule de rencontres, etcontribua par ses connaissances, sa bravoure, aux succès quicouronnèrent les efforts des Américains. Nommé colonel au milieu decette lutte mémorable, et rappelé en France dès qu'elle fut finie, ily retrouva tous les principes pour lesquels il avait combattu. C'étaitmême horreur du privilég