II
PARIS.--IMPRIMERIE DE J. CLAYE.
RUE SAINT-BENOIT, 7
HISTOIRE
D'ATTILA
ET
DE SES SUCCESSEURS
JUSQU'A L'ÉTABLISSEMENT DES HONGROIS EN EUROPE
SUIVIE
DES LÉGENDES ET TRADITIONS
PAR
AMÉDÉE THIERRY
MEMBRE DE L'INSTITUT
TOME SECOND
PARIS
DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
QUAI DES AUGUSTINS, 35
1856
Réservé de tous droits
HISTOIRE
DES
SUCCESSEURS D'ATTILA
EMPIRE DES AVARS
Second empire hunnique: Domination des Avars sur le Danube.--Mœurs de cepeuple; son organisation politique.--Goût de Baïan pour le luxe.--LesFranks-austrasiens vaincus par les enchantements des Avars.--Baïanépargne la ville d'Augusta sur la demande de ses femmes.--Déclamationimprudente de l'ambassadeur Commentiole; Baïan le fait mettre auxfers.--Irruption des Slovènes jusqu'à la longue muraille.--Intrigue d'unBocolabras avec une femme du kha-kan; il fuit sur le territoire romain;ses révélations à l'empereur Maurice.--Baïan ravage la rive droite duDanube et les vallées de l'Hémus.--Spécimen de la langue parlée enPannonie au VIe siècle.--Hallucination de Baïan devant les murs deDrizipère.--Trompé par une ruse de Maurice, il fait la paix.--Campagnedes Romains contre les Slaves; Baïan veut s'y opposer; discours del'ambassadeur Kokh.--Le roi slave Ardagaste surpris parPriscus.--Histoire d'un transfuge gépide.--Le roi Musok est massacréavec son peuple.--Amitié de Baïan et de Priscus.--Conseils du médecinThéodore au kha-kan.--Baïan déclare que la rive gauche du Danube est saprovince.--Nouvelle guerre; férocité de Baïan; profanation des os de S.Alexandre à Drizipère.--La peste éclate dans son armée; sept de ses filspérissent.--Il est battu plusieurs fois au nord du Danube; il perdquatre autres fils dans un marais.--Les Romains pénètrent au delà de laTheïsse; massacre d'une bourgade gépide.--Mort de Baïan et de l'empereurMaurice.
582--602.
Le second empire des Huns était fondé, et il l'était dans desproportions d'étendue et de force que le premier n'aurait pasdédaignées. Il y eut là pour l'Europe tout entière, soit civilisée,soit barbare, soit romaine, soit germanique ou slave, un événement d'unegrande importance. Tous les États, tous les peuples durent compter avecle nouvel empire. Un intervalle d'un siècle et quart le séparait dupremier: qu'était-ce qu'une pareille interruption pour de pareilssouvenirs? Encore l'intervalle avait-il été rempli par des guerres où lenom des Huns figurait. La tradition pouvait donc se relier aisément,naturellement, aux faits présents, et c'est ce qui arriva: l'empirefondé par Baïan ne parut pas autre chose qu'une seconde époque de celuid'Attila.
Les noms de Hunnie et d'Avarie1 furent employés indistinctement pourdésigner le siége de la nouvelle domination, et même chez les peuples del'Europe occidentale, moins au courant des différences de détail, le motde Huns prévalut pour désigner les Avars: c'est ce qu'on peut voir dansla plupart des écr