HONORE DE BALZAC

LA COMEDIE HUMAINE

(EDITION FURNE [1842-1848])
SCENES DE LA VIE PRIVEE

LA MAISON DU CHAT-QUI-PELOTE

DEDIE A MADEMOISELLE MARIE DE MONTHEAU

Au milieu de la rue Saint-Denis, presque au coin de la rue duPetit-Lion, existait naguère une de ces maisons précieuses qui donnentaux historiens la facilité de reconstruire par analogie l'ancien Paris.Les murs menaçants de cette bicoque semblaient avoir été bariolésd'hiéroglyphes. Quel autre nom le flâneur pouvait-il donner aux X etaux V que traçaient sur la façade les pièces de bois transversales oudiagonales dessinées dans le badigeon par de petites lézardesparallèles ? Evidemment, au passage de toutes les voitures, chacune deces solives s'agitait dans sa mortaise. Ce vénérable édifice étaitsurmonté d'un toit triangulaire dont aucun modèle ne se verra bientôtplus à Paris. Cette couverture, tordue par les intempéries du climatparisien, s'avançait de trois pieds sur la rue, autant pour garantirdes eaux pluviales le seuil de la porte, que pour abriter le mur d'ungrenier et sa lucarne sans appui. Ce dernier étage était construit enplanches clouées l'une sur l'autre comme des ardoises, afin sans doutede ne pas charger cette frêle maison.

Par une matinée pluvieuse, au mois de mars, un jeune homme,soigneusement enveloppé dans son manteau, se tenait sous l'auvent de laboutique qui se trouvait en face de ce vieux logis, et paraissaitl'examiner avec un enthousiasme d'archéologue. A la vérité, ce débrisde la bourgeoisie du seizième siècle pouvait offrir à l'observateurplus d'un problème à résoudre. Chaque étage avait sa singularité. Aupremier, quatre fenêtres longues, étroites, rapprochées l'une del'autre, avaient des carreaux de bois dans leur partie inférieure, afinde produire ce jour douteux, à la faveur duquel un habile marchandprête aux étoffes la couleur souhaitée par ses chalands. Le jeune hommesemblait plein de dédain pour cette partie essentielle de la maison,ses yeux ne s'y étaient pas encore arrêtés. Les fenêtres du secondétage, dont les jalousies relevées laissaient voir, au travers degrands carreaux en verre de Bohême, de petits rideaux de mousselinerousse, ne l'intéressaient pas davantage. Son attention se portaitparticulièrement au troisième, sur d'humbles croisées dont le boistravaillé grossièrement aurait mérité d'être placé au Conservatoire desarts et métiers pour y indiquer les premiers efforts de la menuiseriefrançaise. Ces croisées avaient de petites vitres d'une couleur siverte, que, sans son excellente vue, le jeune homme n'aurait puapercevoir les rideaux de toile à carreaux bleus qui cachaient lesmystères de cet appartement aux yeux des profanes. Parfois, cetobservateur, ennuyé de sa contemplation sans résultat, ou du silencedans lequel la maison était ensevelie, ainsi que tout le quartier,abaissait ses regards vers les régions inférieures. Un sourireinvolontaire se dessinait alors sur ses lèvres, quand il revoyait laboutique où se rencontraient en effet des choses assez risibles. Uneformidable pièce de bois, horizontalement appuyée sur quatre piliersqui paraissaient courbés par le poids de cette maison décrépite, avaitété rechampie d'autant de couches de diverses peintures que la joued'une vieille duchesse en a reçu de rouge. Au milieu de cette largepoutre mignardement sculptée se trouvait un antique tableaureprésentant un chat qui pelotait. Cette toile causait la gaieté dujeune homme. Mais il faut dire que le plus spirituel des peintresmodernes n'inventerait pas de charge si comique. L'animal tenait dansune de ses pattes de devant une raquette aussi grande que lui, et sedressait sur ses pattes de derrière pour mirer une én

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