Note du transcripteur. ====================================================================== Ce document est tiré de: OEUVRES COMPLÈTES DE SHAKSPEARE TRADUCTION DE M. GUIZOT NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES Volume 3 Timon d'Athènes Le Jour des Rois.--Les deux gentilshommes de Vérone. Roméo et Juliette.--Le Songe d'une nuit d'été. Tout est bien qui finit bien. PARIS A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS 35, QUAI DES AUGUSTINS 1864 ======================================================================
C'est à une des plus intéressantes nouvelles de Boccace que nousdevons cette pièce. En voici les principaux événements que Shakspearea transportés sur la scène en leur donnant une nouvelle vie,par ce charme de sensibilité et cette verve comique qui lui manquentsi rarement.
Un grand médecin, appelé Gérard de Narbonne, avait laisséune fille qui, élevée dans le palais du comte de Roussillon, avaitconçu l'amour le plus tendre pour son fils unique, le jeune Bertrand.Celui-ci fut mandé à la cour après la mort de son père,et la pauvre Gillette, c'était le nom de la fille de Gérard, resta enRoussillon bien résolue de n'avoir jamais d'autre époux queBertrand.
Bientôt elle apprit que le roi souffrait beaucoup d'une fistule déclaréeincurable; son père lui avait légué plusieurs secrets de sonart, et Gillette conçut l'espoir de guérir le monarque. Elle se rendità Paris. Le roi lui promit que, si son remède réussissait, il la marieraitavec l'homme le plus noble et le plus riche du royaume, qu'ellechoisirait elle-même. Il fut guéri et Gillette demanda le comteBertrand.
Celui-ci se crut déshonoré par une alliance au-dessous de sonrang; mais le roi commanda en maître, il fallut obéir. Aussitôt aprèsla célébration du mariage, le comte Bertrand partit pour la Toscaneet prit du service parmi les Florentins alors en guerre avec les Siennois.Gillette s'en retourna en Roussillon d'où elle envoya dire aucomte que, si sa présence était la cause de son exil volontaire, elles'éloignerait pour toujours. Bertrand lui fit répondre qu'il était fermementrésolu de ne point vivre avec elle jusqu'au jour où elleserait en possession de son anneau, et aurait un fils de lui. Ilcroyait exiger l'impossible; mais Gillette déguisée en pèlerine, partitpour Florence où elle logea chez une veuve, qui, sans la connaître,lui apprit que le comte de Roussillon était amoureux d'une de sesvoisines, jeune, belle et vertueuse quoique pauvre. Gillette fut trouverla mère de sa rivale, se découvrit à elle et lui promit une forte récompensesi elle voulait favoriser ses projets. On fit dire au comteque la jeune fille céderait à ses voeux, mais qu'elle demandait sonanneau pour gage de sa foi. Bertrand envoya son anneau et s'empressad'aller à une heure fixée au rendez-vous qui lui fut donné.Ce fut Gillette qui le reçut dans ses bras et qui répéta plusieurs foiscette innocente supercherie, jusqu'à ce que des signes évidents degrossesse vinssent accomplir tous ses souhaits. Enfin le comte, instruitde l'absence de sa femme et cédant aux instances de ses vassaux,revint dans sa patrie. Cependant Gillette mit au monde deux enfantsjumeaux qui ressemblaient beaucoup à leur père; elle se rendit elle-mêmeen Roussillon après ses couches, et y arriva le jour où sonépoux donnait un grand festin. La pèlerine se présenta au milieu del'assemblée portant ses deux enfants sur ses bras. Elle se jeta auxgenoux du comte, lui donna l'anneau et lui avoua tout. Bertrandtouché reçut Gillette pour son épouse.
Tout ce que Shakspeare a ajouté à ce